vendredi 19 juin 2009

Histoire de Hikari et Yami

Quelques lettres témoignant de l'amour entre la douce Hikari, un médecin elfe, et Yami, un humain.

"Mon Yami, mon amour.

Je regarde ma peau rougir au contact de la flamme, mais je ne sens plus rien. Depuis que tu es parti, depuis que mon coeur a explosé dans ma poitrine, je ne ressens plus rien, que ce vide immense qui me dévore.

J'ai résisté à bien des tourments, bien des souffrances, mais je les ai endurés parce que je savais que tu serais là, près de moi, pour me soutenir. Ton amour a toujours été un soutien immense pour moi.

Allongés l'un près de l'autre, nous riions de comparer nos mains, ta peau brune et ma peau blanche, tes doigts forts et habiles, mes doigts longs et fins, tes cheveux noirs, ma chevelure blanche. Tu me transmettais ta chaleur. A présent, ma peau est froide comme la glace, et la flamme de la bougie ne peut la réchauffer, mes doigts sont inertes, mes cheveux sont ternes car ils ne resplendissent plus de ta lumière. Je pleure chaque soir ton absence, je porte chaque jour ce vide en moi.

Tu as dit que l'amour entre un humain et une elfe était impossible. Mais tout n'est question que de volonté. Tu aurais vieilli, ton apparence aurait changé, mais j'aurai toujours été à tes côtés, car c'est ton âme que je chéris.

Les ténèbres obscures qui emplissent ton coeur, j'ai voulu les combattre. J'ai cru que je serais assez forte pour leur résister, pour t'aider à les ignorer. Mais la part sombre de ton être a été la plus forte, et la lumière que je porte est à présent éteinte. Tout espoir est-il perdu, ne reviendras-tu pas? J'ai encore la force de t'aimer, j'ai encore la force de t'aider. Mais si toi tu ne le veux pas, je ne peux rien faire contre cela.

Tu as voulu cette déchirure, tu as voulu cette souffrance. A présent je porte le poids de ma douleur de t'avoir perdu. A chaque instant, je me demande où tu es, ce que tu fais, j'aimerai partager chaque seconde de ma vie avec toi. Mais toi, penses-tu seulement à moi? Cette pensée est probablement la plus difficile. Pourtant, je sais depuis toujours que ce n'est pas parce qu'on aime une personne que cet amour doit être réciproque.

Que les Vents portent cette colombe jusqu'à toi, mon ange obscur, et que mes mots éveillent en ton coeur une trace de ce qui fut.

A toi,
Hikari"

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Il dormait, là, allongé sur la paillasse, dans cette petite chaumière près de la plage, où ils avaient trouvé refuge, pour renouer les liens de leur amour perdu. Longuement, elle le regarda. La lumière de la pleine lune jouait avec les reflets rouges de ses cheveux de bois. Elle sourit légèrement. Il avait l'air d'un enfant, endormi, innocent.

Elle se leva, et se dirigea vers la fenêtre, prenant au passage un parchemin et sa plume d'albatros, qu'elle enduisit d'encre bleue. Elle commença à écrire, doucement, pour ne pas que le crissement de la plume sur le papier rêche le réveille.


"Mon amour retrouvé,

Dormir à nouveau à tes côtés, respirer la cannelle dans tes cheveux, me perdre dans ton regard hésitant, c'est un rêve que je ne pensais pas pouvoir réaliser à nouveau. Tu es parti, me laissant sans espoirs, sans rêves, brisée. La vie pour moi n'avait plus de sens, car c'est toi qui lui donnait sa réalité. J'errai là, comme un fantôme blanchâtre, inutile, vide. Ma souffrance s'exprimait parfois par de longs cris, ou cette lettre que j'ai envoyée, et que tu n'as jamais reçu. As-tu senti comme mon cœur hurlait ton absence? Comme il réclamait ta présence, désespérément?

Car malgré tout je savais que tu étais mon âme sœur. Tes doutes t'ont aveuglé, et moi dans ma souffrance je ne voulais que te le crier, pour que tu le voies, et que tu l'acceptes. Mais mes cris sont longtemps restés vains. Je te voyais partout, chaque humain me rappelait toi, je fuyais les villes et les villages, mais même dans la forêt, les branches des arbres me paraissaient ta silhouette. Seule la mer m'apportait quelque réconfort, comme elle l'a toujours fait.

Et puis un jour, sur la plage, j'ai vu une ombre au loin, à contre-jour. Et c'était toi. Je n'y croyais pas, je pensais que mes yeux me jouaient à nouveau quelque vilain tour. Mais soudain, tu étais devant moi, caressant mes joues baignées de larmes, pleurant toi aussi, avec moi, et me suppliant de te pardonner. Je suis tombée à genoux, mes jambes ne me portaient plus, je pensais que mon esprit affaibli se jouait de moi. Mais ta voix, tes bras, ton odeur... Tu étais là.

Mon cœur brisé a appris à aimer de nouveau. Tes doutes s'étaient envolés, pour combien de temps? Tu es si changeant, ton amour durera-t-il? Résistera-t-il au temps, à la distance de nos races différentes?
Une lumière illumine pour le moment tes ténèbres intérieures, je n'ose croire qu'elle provienne de moi, je préfère penser qu'elle vient de toi, que tu as vu l'étincelle que ton cœur contient, et que tu as appris à la cultiver, pour qu'elle devienne feu de joie.

Mon feu follet, mon feu de joie, je veux que cette lumière et que cet amour dure le plus longtemps possible. Mes blessures n'ont pas cicatrisé, mais ton amour me permet de les oublier, et de ne plus sentir la douleur lancinante qu'elles projettent en moi.
Cependant, leur présence me rappelle que tout peut m'être à nouveau ôté, et c'est pourquoi je vis notre amour au présent, je ne veux plus me poser de questions, je ne veux plus anticiper, avoir peur de l'avenir et du passé. Qu'ils restent avenir et passé, et que notre présent soit plus lumineux et plus puissant que leurs ténèbres insidieuses.

Mon ange de lumière obscure, je suis, encore et toujours, à toi,
Hikari"

Elle finit d'écrire cette longue lettre, et souffla légèrement sur le papier pour que l'encre sèche. Puis elle jeta un regard attendri sur son amour endormi, et déposa le parchemin près de lui. Elle effleura le front de Yami de ses lèvres fraîches, puis elle jeta sa besace de médecin sur son épaule et sortit sans bruit de la chaumière, pour aller effectuer ses consultations matinales.


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En revenant, au zénith, Hikari découvrit la chaumière vide. Les affaires de Yami avaient disparu, seul restait son parchemin, où, au dos, était écrit :

"J'ai menti. Pardonne-moi."

Elle s'effondra. Ses jambes ne la tenaient plus, ses yeux ne voyaient plus, plus rien n'existait que ce chaos noir, ces ténèbres en lesquelles elle s'enfonçait. Encore une fois. Une fois de plus. Ses blessures se remirent à saigner en son cœur, ce pauvre cœur malmené, brisé maintes et maintes fois, par cet homme instable, qu'elle aimait pourtant.

Elle y avait cru, elle avait pensé pouvoir le sauver des ténèbres, et puis elle avait cru qu'il avait pu s'en sortir lui même. Et pourtant ce n'était pas à elle qu'il voulait du mal, mais à lui. Il se blessait lui-même, elle le savait. Il ne voulait pas la blesser, elle... Mais ses ténèbres l'envahissaient, et il ne pouvait leur résister. Alors il devait briser la pureté, la beauté des sentiments qui peut-être lui était insupportable, parce qu'il ne s'en sentait pas digne. Mais... il en était digne, oh, comme il en était digne, son humain au cœur sombre, son ange aux ailes brisées. Elle avait cru pouvoir le soigner...

Elle s'était trompée, et cette erreur lui coutait à présent sa lumière intérieure. Pourquoi souffrait-elle ainsi? En quoi avait-elle mécontenté les Dieux? Jamais, plus jamais elle n'illuminerait de sa joie ses patients, ses amis. Jamais plus jamais elle ne serrerait dans ses bras son amour perdu puis retrouvé, et qu'elle avait perdu à nouveau. Elle ne cessait de se le reprocher : elle aurait dû agir autrement, tout était de sa faute, à elle. Où avait-elle fauté?

Que faire, à présent?

Elle se mit alors à errer, âme en peine, cœur saignant. En la ville de Dion, tentant d'oublier les souvenirs liés à ces endroits où ils s'étaient aimés. A Giran, elle faillit fondre en larmes. C'est alors qu'un elfe l'aborda, pour lui proposer d'entrer au sein de sa famille. Plus que jamais elle avait besoin du réconfort d'une famille. Plus que jamais elle avait besoin de la chaleur d'êtres vivants. Elle accepta, et devint un "ange".

Elle avait retrouvé une famille en perdant son amour. Reviendra-t-il un jour? Et s'il revient, lui pardonnera-t-elle à nouveau, au risque de souffrir encore plus?

"Au feu de la passion, on peut risquer de se brûler les ailes... mais rester de glace est-ce vraiment une solution ?"

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Un soir rouge... Le soleil embrase la mer... Elle marche lentement le long du rivage, laissant l'écume lécher ses chevilles. Elle s'arrête. Regarde longuement l'horizon. Puis s'effondre dans le sable encore chaud du soleil de la journée. Elle sort des parchemins. Ceux de Yami. Puis fait naitre une flamme dans sa main. Une toute petit flammèche, juste une étincelle... Et elle brûle ces vestiges d'un bonheur douloureux.

Elle regarde fixement le papier se consumer, devenir cendres, puis s'envoler, et flotter sur l'eau rougeoyante. Les larmes coulent en silence sur ses joues, détrempant peu à peu sa robe. De sa besace elle extirpe une dague, fine et ciselée. Elle contemple longuement la lame qui brille des reflets du couchant.

Elle lève la dague vers le ciel et commence a prier les Vents, ses Dieux.

"Par mon sang, je jure que plus jamais je n'aimerai d'homme, race ingrate et cruelle, qui se joue du cœur et des âmes."

D'un geste vif, elle cisaille son poignet gauche, et laisse le sang se mêler au sable. Puis elle se lève, et tend son poignet au dessus de l'eau, pour que le Vent du Large bénisse ce serment, avant que l'eau ne boive le flux de vie. Puis elle bande soigneusement la plaie, réflexe de médecin.

Enfin, épuisée, elle s'allonge dans le sable et laisse la brise jouer avec les mèches de ses cheveux, yeux clos. Et elle s'endort, là, le cœur brisé, l'âme esseulée, tentant de retenir les accès de violence qui la parcourent.

Que l'homme en soit conscient...
Si un jour il recroise son chemin,
Hikari le doux agneau deviendra animal enragé...
Et qu'il ne pense pas en sortir vivant.
La vengeance du vent se fera tornade...
Car la haine sera à la mesure de l'amour éprouvé

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